17 mai 2020

Couvet, Chapelle aux Concerts à 17h

« Nuit transfigurée »

Daniel Zisman, violon

Christian Scheurlen, violon

Julien Mathieu, violon

Anna Holliger, violon

Javier Lopez Sanz, alto

Ulrike Lachner, alto

Sébastien Singer, violoncelle

Jeanne Freléchoux, violoncelle

Arnold Schoenberg (1874 - 1951)

Sextuor à cordes op. 4 « Verklärte Nacht »(Nuit transfigurée) (1899)

Felix Mendelssohn (1809 - 1847)

Octuor à cordes op. 20 en mi bémol majeur

Allegro moderato - Andante - Scherzo - Presto

La Nuit transfigurée est une oeuvre encore romantique de Schoenberg, influencée par Brahms et Wagner, mais on y sent déjà la tonalité se dissoudre dans un bain de sensualité vénéneuse. Durant l'été 1899, Schoenberg tombe amoureux de Mathilde, la sœur d'Alexander von Zemlinsky, avec qui il se mariera un peu plus tard. Il compose pour elle cette Nuit transfigurée en moins de trois semaines. Il s'agit donc d'une œuvre de jeunesse, écrite bien avant sa période dodécaphonique, avec des accents de romantisme tardif. Oeuvre de jeunesse sans doute, mais qui va déjà bien au-delà des conventions de l'époque. Le jeune Schoenberg, âgé de vingt-cinq-ans, a déjà assimilé l'art des grands romantiques allemands et commencé à explorer les espaces situés au-delà de leur langage ; mais l'auteur reste toujours dans les limites de la tonalité! Ce chef-d'œuvre précoce reste l'une des œuvres les plus jouées et les plus applaudies du futur novateur viennois. La pièce est basée sur un poème extrait du recueil La Femme et le monde (Weib und Welt) de Richard Dehmel, un ami du musicien. 

Mendelssohn composa son Octuor pour cordes en 1825, peu après que sa famille se fut installée dans une grande et imposante maison de la Leipzigerstrasse, dans la banlieue de Berlin. Son vaste terrain comprenait une gloriette suffisamment spacieuse pour accueillir un assez important auditoire lors des concerts familiaux du dimanche matin. Ce fut au cours de ces réunions que le jeune Felix façonna en grande partie son éducation musicale, comme auditeur et comme interprète. En sus du piano, il jouait du violon et de l’alto, et il participa régulièrement à l’exécution de plusieurs symphonies pour cordes de sa propre composition. Cette expérience d’écriture de symphonies lui permit indubitablement de produire, de manière si naturelle à l’âge remarquablement tendre de seize ans, une œuvre aussi parfaite que l’Octuor—réalisation d’autant plus époustouflante que ce genre n’avait guère de précédent en musique de chambre. Il y avait bien le premier des doubles quatuors de Louis Spohr (écrit en 1823) mais, comme le laisse entendre l’appellation «double quatuor», les instruments y étaient traités comme deux quatuors à cordes distincts, s’équilibrant et se répondant mutuellement. Il y avait bien eu, aussi, le Septuor, op.20 de Beethoven (créé en 1800) et l’Octuor de Schubert (1824), mais ces œuvres mettaient en scène des vents et des cordes. Mais Mendelssohn savait ce qu’il voulait et il laissa de minutieuses instructions dans sa partition: « Cet Octuor doit être joué par tous les instruments dans le style orchestral symphonique. Les piano et les forte doivent être rigoureusement observés et accentués plus fortement que de coutume dans les pièces de ce genre ».

 

Mendelssohn dédia non seulement l’Octuor à son révéré professeur de violon Eduard Rietz frère amé de Julius Rietz, professeur de composition de Bargiel—, mais il le lui offiit en cadeau d’anniversaire. De toute évidence, il songea à son professeur en écrivant les phrases violonistiques qui montent en flèche au début du premier mouvement. Le Scherzo fut inspiré par quelques vers de la «Nuit de Walpurgis» du Faust de Goethe. Selon sa sœur Fanny, Mendelssohn souhaitait que ce Scherzo fût joué «staccato et pianissimo», car «tout est nouveau et étrange, profondément convaincant mais aussi enchanteur. L’on se sent très proche du monde des esprits, soulevé dans les airs, à demi enclin à empoigner un manche à balai pour suivre la procession aérienne. À la fin, le premier violon senvole, aussi léger qu’une plume—et tout est balayé». Le thème du Scherzo réapparaît brièvement dans le Finale et est magistralement intégré à la texture, après quoi les autres motifs du Finale sont rappelés et combinés ensemble.

Concert gratuit pour les enfants à 15h (durée 30 min env.)