19 juin 2020

Neuchâtel, Collégiale à 18h

« Concert des Membres et de tous leurs amis »

Quatuor Yako

Ludovic Thilly, violon

Pierre Maestra, violon

Vincent Verhoeven, alto

Alban Lebrun, violoncelle

Joseph Haydn (1732 - 1809)

Quatuor à cordes op. 74 n° 3 en sol mineur «Le Cavalier»

Allegro - Larga assai - Menuetto: Allegretto - Trio - Allegro con brio

 

Felix Mendelssohn (1809 - 1847)

Quatuor à cordes op. 80 en fa mineur

Allegro vivace assai - Allegro assai - Adagio - Finale: Allegro molto

Pour le dernier concert de la saison - et rendez-vous incontournable pour tout mélomane curieux de connaître le contenu de la nouvelle saison en avant-première (exclusivité réservée aux membres, mais il est aisé de devenir membre!!) - la Société de Musique invite à la découverte de l’un des quatuors les plus prometteurs de la nouvelle génération de musiciens français.

 

Remarqué au concours « Musiques d’Ensemble » de la FNAPEC en mars 2016, les Yako deviennent la même année résidents ProQuartet et obtiennent dès 2017 un 3ème prix au Concours International Orlando (Pays-Bas). Salué tant par le public que la critique, l'ensemble est aujourd'hui l'invité de nombreux festivals à travers l'Europe et a été entendu en 2018 sur les ondes de France Musique et BR-Klassik. 

 

« On n'a plus affaire à un ensemble classique mais à un groupe de rock, tout droit sorti de la Beat Generation. »

Pierre Gervasoni, Le Monde

 

Au programme, le dernier quatuor de Haydn, dont le thème plein d’allant du dernier mouvement lui a valu le surnom « Le Cavalier ». Cette fois, les premières mesures du quatuor sont encore plus profondément intégrées dans le corps principal du mouvement que dans l’op. 74 op. 2, même si Haydn prend soin de souligner leur caractère d’introduction en les faisant suivre d’un silence de près de trois mesures. On réentend non seulement le début lorsque l’exposition fait l’objet d’une reprise, ce qui n’était pas le cas dans l’op. 74 no 2, mais son matériel, avec ses acciaccaturas (notes «pincées» jouées presque en même temps que la note principale adjacente) caractéristiques, constitue le tremplin à la première moitié du développement central. Pour renforcer l’ambiguïté du geste initial de Haydn, le thème principal de ce mouvement se compose essentiellement d’une version accélérée de la forme mélodique de la quasi introduction, la contribution du violoncelle ne se limitant en grande partie qu’à une répétition des notes ré et mi bémol. Le point culminant du mouvement —les mesures qui précèdent immédiatement la réexposition — est formé d’un martèlement fortissimo des deux mêmes notes.

 

Le mouvement lent est écrit dans un mi majeur distant et éthéré, mais Haydn adoucit le coup en terminant le premier mouvement en sol majeur. La grande «trouvaille» de ce Largo assai est la soudaine explosion à la huitième mesure sur un accord totalement inattendu. À la reprise, Haydn parvient à surpasser ce moment en remplissant cet accord d’un rapide arpège de violon; et la seconde moitié du thème est elle aussi intensifiée grâce à un effet «trépidant» aux quatre instruments.

Tout comme le premier mouvement s’était terminé en majeur, Haydn place son menuet en sol majeur, réservant le mode mineur au trio—une inversion de leurs rôles escomptés. Le finale va aussi s’achever en majeur, bien que la syncope continue de sa coda ne fasse pas grand chose pour dissiper la tension de ce mouvement violent. Et l’importance renouvelée donnée aux notes ré et mi bémol n’est pas non plus une coïncidence—en particulier lorsque, comme dans le premier mouvement, elles sont projetées dans une explosion fortissimo au point culminant du développement.

La deuxième oeuvre de ce programme est le quatuor op. 80 en fa mineur de Mendelssohn. Le compositeur, alors accablé par la soudaine disparition de sa soeur Fanny des suites d'un AVC, y exprime une immense souffrance. En conséquence, l'opus 80 ne ressemble à aucune de ses oeuvres précédentes: au lieu de la légèreté dont sont empreints les célèbres Scherzi par exemple, on y retrouve l'expression d'une colère implacable, parfois brutale. Par des accentuations répétées, des tempi furieux et la sombre tonalité de fa mineur, Mendelssohn a ainsi insufflé douleur et frustration aux premier et deuxième mouvements. S'y ajoutent l'expression dramatique empruntée aux quatuors de Beethoven ainsi que la texture contrapuntique héritée de Bach. Après deux mouvements tumultueux, le troisième est un sursis: un épisode nostalgique, une description de l'amour d'un frère pour sa soeur bien-aimée par des figures tendres et gracieuses. Le thème principal est une mélodie triste, douce, rappelant les  Romances sans Paroles. Mais l’angoisse de Mendelssohn réapparait dans le finale, conclusion des plus virtuoses du répertoire, jusqu'à la coda à couper le souffle et qui justifie encore un peu plus la place que tient cette merveilleuse oeuvre: il s'agit clairement d'un des quatuors les plus célèbres jamais écrits..

Concert gratuit pour les enfants à 17h (durée 30 min env.)